Tupolev Tu-160 (OTAN : Blackjack)

Rappels

  • Code OTAN avant identification : Ram-P
  • Catégorie : Bombardier
  • Constructeur : Tupolev drapeau du pays
  • Premier vol : 19 décembre 1981
  • Production : 35 appareils construits (cellules neuves)
  • Voir aussi… : Tupolev 160M

Historique

En 1973, alors que les américains travaillaient sur le B-1A, les soviétiques lancèrent un programme équivalent en réponse. Ils réclamèrent un bombardier polyvalent, lourd, capable de voler à Mach 2,3. Trois constructeurs soumirent des projets : Miassichtchev avec son M-18, Sukhoï avec le T-4MS, et Tupolev avec le 160M, une nouvelle version du Tu-144. Le projet de Myassitchev fut considéré comme le plus abouti, mais Tupolev comme le plus expérimenté et le plus à même de le mener à bien. Tupolev fut donc chargé de construire le M-18, avec des modifications éventuelles, et Valentine N. Blizniuk fut désigné concepteur en chef.

L'appareil présente une envergure variable dont la flèche varie de 20° à 65°. Son fuselage et ses ailes sont sans doute construites en aluminium avec des composants en titane. Ses réacteurs Kuznetsov NK-321 à double flux et postcombustion sont les plus puissants réacteurs militaires au monde, et sont montés par paires dans des nacelles sous la partie fixe de la voilure. Ils sont alimentés par des entrées d'air variables. Il dispose d'une perche de ravitaillement en vol rétractable et d'un parachute de freinage. Sa cellule comporte 2 soutes, chacune capable de contenir 20 tonnes de charges offensives, lanceur rotatif compris. Sa capacité totale d'emport de charges atteint 45000 kg, de carburant de 160 tonnes. Sa vitesse ascensionnelle atteint 60 à 70 m/s.

Les 4 membres d'équipage disposent de sièges K-36DM Zero-Zero et d'un espace-vie, avec toilettes, lit et réchaud pour la nourriture. L'appareil se pilote au manche, et non au volant. Ses équipages le nomme "Cygne blanc", en raison de sa manoeuvrabilité et de sa livrée blanche anti-flash nucléaire.

Il dispose de CDVE, d'un radar de suivi de terrain automatique Sopka, d'un radar de navigation et d’attaque Obzor-K, de contre-mesures électroniques. En revanche, il est dépourvu d'HUD et d'écrans multifonctions. Il est armé de 12 missiles Kh-55MS (AS-15 Kent) à tête nucléaire de 200 kT et d'une portée de 3000 km, ou Kh-15P (AS-16 Kickback) d'une portée de 200 km. Il est capable aussi bien de missions de pénétrations à basse altitude que d'attaque à haute altitude. Son autonomie de 14000 km en fait un véritable bombardier stratégique. Ce n'est pas un appareil furtif à proprement parler, mais son design intègre des éléments propres à réduire sa signature radar. Il n'emporte cependant pas d'armement défensif.



Une maquette fut montrée en 1977 et approuvée par les autorités soviétiques. 3 prototypes, dont un destiné aux essais au sol, furent commandés et l'appareil fut nommé Izdelié 70.

Il fut découvert par les Occidentaux dès novembre 1981, selon certaines sources grâce à au passager d'un avion de ligne, selon d'autres grâce aux satellites espions. L'OTAN lui donna d'abord la désignation RAM-P. Le prototype était alors aligné avec des Tu-144, ce qui leur a fait penser qu'il pouvait s'agir d'une version bombardier de ce dernier. Ils lui donnèrent plus tard le nom de "Blackjack" (Gourdin).

Le premier prototype, codé 70-01, vola pour la première fois le 18 ou 19 décembre 1981, aux mains de Boris Veremey. Le deuxième, le 70-03, était beaucoup plus proche de la version de série et vola le 6 octobre 1984, alors que la production en série avait déjà été approuvée. Il s'écrasa en 1987, mais l'équipage s'en sortit sain et sauf. La production de l'avion démarra en 1984 à Kazan, le premier appareil de série vola le 10 octobre 1984 et l'appareil entra en service en mai 1987 au sein du 184e régiment de bombardiers lourds de la garde, basé à Priluki en Ukraine. Il y remplaça les Tu-16 et Tu-22M3.

Une centaine d'exemplaires furent commandés pour équiper 4 régiments. 36 exemplaires, prototypes inclus, furent construits, ou commencés, jusqu'en janvier 1992. La production fut arrêtée sur ordre de Boris Elstine. Il fut présenté au public en 1989 et battit 44 records mondiaux en 1989 et 1990.

L'éclatement de l'URSS fit que 19 appareils alors en service sur 25 appartenaient à l'Ukraine, qui en remit 8 en 1999 à la Russie et détruisit les autres, sauf un gardé pour exposition. La complexité de la construction, la mise au point difficile de ses moteurs et leur consommation excessive expliquent non seulement la fin de la production, mais le programme lui-même est généralement considéré comme une des raisons de la chute de l'URSS, à cause de son budget faramineux.



Le Tu-160SK est une version démilitarisée, destinée à emporter une navette spatiale nommée Burlak. Dévoilée à Singapour en 1994, elle fut conçue pour le compte de l'entreprise allemande OHB-System et 3 exemplaires furent dédiés à cette tâche. Il semble que l'aventure tourna court en 1998 quand le gouvernement allemand coupa les fonds.

Plusieurs variantes furent proposées, dont une version de reconnaissance (Tu-160R), une de guerre électronique (Tu-160PP), une variante purement conventionnelle (le Tu-170), un Tu-160V propulsé par hydrogène et même une version d'interception, le Tu-160P ou Tu-161, qui aurait été équipée de missiles R-37 à longue portée pour escorter les raids. Aucune ne fut construite.

Lorsque Vladimir Poutine décida, le 17 août 2007, de réaffirmer la puissance de la Russie, le Tu-160 reprit ses longs vols de patrouille. Des Tu-160 se firent remarquer à plusieurs reprises: l'un en franchissant la zone surveillée par le NORAD, deux autres en volant jusqu'au Venezuela le 10 septembre 2008, et deux autres en effectuant un vol de 23 heures sur 18000 km le 10 juin 2010.

Le Tu-160 est en somme l'équivalent russe de ce qu'aurait dû être le B-1, basé sur le B-1A, mais de plus grandes dimensions. C'est le plus gros des avions supersoniques, et est aujourd'hui ce que les russes appellent une "arme de communication massive". Il en existe 16 exemplaires aujourd'hui, au sein du 121ème Régiment de bombardiers lourds de la Garde, basé à Engels. Celui-ci fut créé dès 1992, mais ne disposait que de 6 avions deux ans plus tard. Ils furent rejoints par les 8 exemplaires ex-Ukrainien et reçurent un 15e exemplaire en mai 2000. Le seizième et dernier exemplaire neuf fut livré en mai 2008. Un seul exemplaire s'est écrasé, le 18 septembre 2003, tuant son équipage, manifestement à la suite d'un incendie moteur.

Il fut question un temps de construire d'autres appareils ou de compléter les cellules existantes, afin d'atteindre 30 exemplaires opérationnels vers 2025-2030. 4 cellules sont stockées à Juckovski près de Moscou, et de fait, le principal obstacle à une réelle remise en production, outre le prix, est la disparition de nombreux sous-traitants.



Cependant, le Tu-160 va vivre une deuxième vie. Les exemplaires qui sont en service seront modernisés au niveau de l'avionique, de l'électronique et de l'armement. Le premier exemplaire de cette version, désignée Tu-160M, a volé pour la première fois le 16 novembre 2014. Les forces aériennes russes espèrent disposer de 10 à 16 appareils modernisés en 2020. Il pourra ainsi rester en service jusqu'à son remplacement par le futur bombardier russe, le PAK-DA, qui doit justement voler en 2020.

En mai 2015, la Russie annonçait son intention de relancer la production du Tu-160 pour au moins 50 exemplaires.

Les Tu-160 effectuèrent leurs premières missions de guerre en Syrie, peu après les attentats à Paris du 13 novembre 2015. Conjointement avec les Tu-22M et les Tu-95MS, ils larguèrent notamment des missiles de croisières afin de frapper Daech.


Texte de Clansman, avec son aimable autorisation

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Versions

  • Tupolev Tu-160 (OTAN : Blackjack) : Version de série. 35 exemplaires.
  • Tupolev Tu-160K : Projet de version équipée du missile Kretschet-P.
  • Tupolev Tu-160M : Version modernisée du Tu-160.
  • Tupolev Tu-160M2 : Projet de version de série lourdement modernisée prévue pour 2023.
  • Tupolev Tu-160NK-74 : Projet de version au rayon d'action augmenté grâce à des moteurs NK-74.
  • Tupolev Tu-160P : Projet de chasseur d'escorte lourd.
  • Tupolev Tu-160PP : Projet de version de guerre électronique pour escorter les bombardiers.
  • Tupolev Tu-160R : Projet de version de reconnaissance stratégique.
  • Tupolev Tu-160SK : Version commerciale démilitarisée destinée à lancer le véhicule spatial Burlak.
  • Tupolev Tu-160V : Projet de version propulsée à l'hydrogène liquide.

Sur le forum…

  • Le retour de l’aviation stratégique russe !
    "Un avion c'est une cible, deux avions c'est une arme" Werner Mölders
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  • Le Tu-160M2 a volé
    Et tous ces points d'exclamation, vous avez remarqué ? Cinq ! C'est la marque d'un aliéné qui porte son slip sur la tête. L'opéra fait cet effet à certains.Terry Pratchett
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  • Ok merci beaucoup :)
    "Un avion c'est une cible, deux avions c'est une arme" Werner Mölders
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  • Tu-22M4: version du Tu-22M3 avec moteurs NK-32 et capacité d'emporter des Kh-22/Kh-57/UPAB-1500. Un prototype réalisé.

    Tu-22M5: modernisation du Tu-22M3 censée apporter la capacité de tir pour bombes guidées et la capacité d'effectuer du vol TBA. Abandonné dans le courant des années 90.
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  • Et ça devait être quoi le -M4 haha ?
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  • À un moment, on parlait même de Tu-22M-5, non ?
    Et tous ces points d'exclamation, vous avez remarqué ? Cinq ! C'est la marque d'un aliéné qui porte son slip sur la tête. L'opéra fait cet effet à certains.Terry Pratchett
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  • Ansierra117 a écrit

    Merci beaucoup de tes précisions Dorf :) Du coup le projet Tu-22M3M qui prévoyait la modernisation de 30 appareils (Kh-55, Novella-45 etc.) est abandonné lui aussi ?

    C'est une arlésienne, à l'instar des modernisations des Tu-95MS et Tu-160…

    Quasiment chaque année on a droit à une (ou des) déclarations officielles relatives aux modernisations des bombardiers russes; ces dernières sont souvent contradictoires et jamais très précises… Je subodore que les Russes font au moins cher et au plus vite et essaie juste de "tenir" en l'état sans se ruiner. La modernisation au standard Tu-160M1 est toujours très obscure avec des déclarations parlant de deux étapes de modernisation sans préciser les détails, idem en ce qui concerne les Tu-95MS: on parle aussi de "glass cockpit" pour ces derniers mais sans voir le moindre changement.

    Bref, méfiance. En ce qui concerne le Tu-22M3, le standard -M semble toujours prévu/présent mais aucune information ne filtre. Et l'arrivée de la mise à jour avec Gefest-24 indique que les Russes ont pris l'option de la facilité et du moins coûteux. Oublie le nouveau radar et tout le reste: et puis comme tu me l'as dit sur Twitter avec le budget qu'ils ont, ils ne savent pas tout financer ;)
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  • Merci beaucoup de tes précisions Dorf :) Du coup le projet Tu-22M3M qui prévoyait la modernisation de 30 appareils (Kh-55, Novella-45 etc.) est abandonné lui aussi ?
    "Un avion c'est une cible, deux avions c'est une arme" Werner Mölders
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  • Ouaip. Le Tu-22M c'est un peu la série des occasions ratées. Pas d'armements guidés en nombre, pas de capacité de ravitaillement et finalement on les garde parce qu'on a rien de mieux ou d'équivalent. C'est dommage, il aurait mérité une meilleure carrière.

    Et les rumeurs d'achat par la Chine, on en est où ?

    File dans son MiG-15 à roulettes, avec le réacteur chasse-neige derrière :mrgreen:
    Ah que je destroye tout ! Ou pas. :pSur AMN : Ciders, commandeur suprême, 10872 messages, inscrit le 02 septembre 2006, à 22 h 18
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  • Non non, le remplaçant du Tu-22M3, c'est l'An-225 en version de bombardement :mrgreen:

    Bon plus sérieusement, le remplacement du Tu-22M3 passera par le Tu-160M2 et le Su-34. Un remplaçant en tant que tel pour le Tu-22M3 ne se justifie pas plus qu'il n'est finançable. La Russie n'est plus l'URSS.

    Je m'explique, un Tu-22M3 c'est 24 tonnes de charge utile avec des emports "limités" (bombes lisses, Kh-22, Kh-15), 4 membres d'équipage, l'impossibilité de ravitailler en vol, aucune capacité de défense air-air et une capacité de guerre électronique réduite.

    Un Su-34, c'est 8 tonnes de charge utile, une vaste panoplie d'armements guidés et non guidés, deux membres d'équipage, la capacité de se défendre, une suite de guerre électronique pointue et il est ravitaillable en vol. Bref un appareil polyvalent, moderne, évolutif et performant.

    Les Russes en sont conscients et le Su-34 n'est pas catalogué comme bombardier tactique pour rien.

    Si on se penche un peu sur le Tu-22M3, on voit que l'appareil ne bénéficie que d'une "petite" modernisation avec le Gefest-24, la modernisation "lourde" qui aurait du avoir lieu il y a au moins 20 ans est morte et enterrée et l'appareil ne semble plus entrer dans les plans à long terme des DA. Ca en dit long sur son futur éventuel.
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