Sukhoï Su-15 (OTAN : Flagon)

Rappels

  • Catégorie : Intercepteur
  • Constructeur : Sukhoï drapeau du pays
  • Premier vol : 30 mai 1962
  • Production : 1 290 appareils construits (cellules neuves)
Sukhoï Su-15 (OTAN : Flagon)

Historique

La nécessité de disposer d'un intercepteur de longue endurance au-dessus des grands espaces désertiques de l'URSS amenèrent Sukhoï à étudier un nouvel appareil dérivé de ses Su-9 et Su-11, dès le printemps 1960. Après les échecs du T-49 et du T-58 monoréacteur, Pavel Sukhoï proposa le T-58D, un appareil agrandi, reprenant les entrées d'air latérales du T-58 afin de loger un radar dans le nez, deux réacteurs Tumanski R-11F-300 à la place d'un seul, des stabilisateurs horizontaux monoblocs et une voilure delta de 60°. Pour des raisons de coût, le T-58 n'avait que le fuselage de neuf ; les ailes, l'empennage et le train d'atterrissage ont été prélevés sur des Su-11.

Le prototype T-58D-1 effectua son premier vol le 30 mai 1962 aux mains de Vladimir S. Ilyushin. Les essais montrèrent une autonomie limitée et des problèmes de stabilité directionnelle, ce qui entraîna une modification de l'appareil. Le T-58D-2 fit son premier vol le 4 mai 1963 et était équipé du radar Oryol-D "Skip Spin". Le T-58D-3 effectua son premier vol le 2 octobre 1963. Il était équipé, outre du radar, d'un pilote automatique AP-46 et avait une capacité en carburant augmentée afin de pallier au manque d'autonomie. Après 250 vols, les essais prirent fin le 25 juin 1964 et l'appareil fut accepté le 30 avril 1965. Jusqu'en 1963, l'appareil était connu sous le nom du Su-11M, puis prit finalement le nom de Su-15.

La production du Su-15 (code OTAN : Flagon-A) démarra en 1966 et dix exemplaires de présérie furent dévoilés le 9 juillet 1967 à Domodedovo. Cet appareil, entré en service en 1967 au sein du 611è IAP basé à Dorokhovo (région de Yaroslav), était propulsé par 2 R11F2S-300, et était équipé du radar RP-15 (la version définitive du Oryol), d'un siège éjectable KS-4, de deux missiles air-air R-98 (AA-3 Anab pour l'OTAN) et d'une liaison avec le sol Lazur-S. Il remplaça progressivement les Su-9 et Su-11 et les Yakovlev Yak-25. Plus tard, il fut équipé du pilote automatique SAU-58, du radar RP-15M, et de missiles R-60 (AA-8 Aphid pour l'OTAN) à courte portée. Il était capable d'intercepter des cibles volant entre 500 et 3000 km/h à une altitude comprise entre 500 et 23 000 mètres. Cependant, sa vitesse à l'atterrissage atteignait 395 km/h ! Il lui fallait donc 2000 à 2500 mètres pour atterrir, en utilisant obligatoirement le parachute de freinage.



Dans le même temps, on expérimenta une version ADAC, le T-58VD. Elle était équipée de 3 réacteurs Kolesov RD-36-35 de sustentations placés à la verticale dans le fuselage. L'unique prototype fut essayé du 6 juin 1966 à 1967 mais n'a pas donné de suites. L'OTAN lui donna cependant le code Flagon-B.

Le 26 août 1968 décolla pour la première fois la version biplace d'entraînement, le Su-15UT. Deux prototypes furent construits. Bien que son fuselage fut rallongé de 45 cm pour loger un deuxième pilote, sa capacité en carburant était réduite, et elle était dépourvue de radar et d'armement. Produite de 1969 à 1972 et entrée en service en 1970, elle reçut le nom de Flagon-C.

Très rapidement, on se rendit compte qu'on pouvait améliorer le Su-15, à commencer par sa stabilité. Un prototype, nommé Su-15T, décolla le 31 janvier 1969 avec une aile modifiée, à l'envergure accrue et en double delta, et fut suivi de 10 exemplaires. Cette aile avait déjà été expérimentée dès 1965. Mais comme les ailes delta simple étaient déjà produites, l'aile double delta n'a pas été utilisée. Les anciens exemplaires ne semblent pas avoir reçu la nouvelle aile. Ils furent nommés Flagon-D et pouvaient emporter quatre missiles AA-3 mais préfiguraient une version plus aboutie : le Su-15TM.

Il vola dès le 7 avril 1970. Celui-ci emportait un nouveau radar Taïfoun-M, dont la portée passait de 35 à 65 km en haute altitude, de nouveaux réacteurs R-13-300 plus puissants, d'un système Vozdukh-1M permettant de guider l'avion depuis le sol. Nommés alors Flagon-E, ils furent produits en série dès 1971.

Plus tard, on améliora sensiblement le Su-15. Le nez fut modifié, prenant une forme ogivale et permettant de corriger des perturbations des ondes radars. Le Flagon pouvait alors emporter des nacelles UPK-23-250 incorporant des canons GSh-23L calibre 23 mm, et un radar Taïfoun-M. Bien que cette nouvelle version ne reçut pas de nouvelle dénomination en URSS, elle est connue en Occident sous le nom de Su-15 Flagon-F. Il fut produit de 1971 à 1975.



Sa version biplace, le Su-15UM, était strictement réservée à l'entraînement, mais conservait les mêmes capacités en carburant. Elle fit son premier vol le 23 avril 1976 et, désignée Flagon-G, fut construite jusqu'en 1979.

D'autres variantes furent envisagées, mais jamais construites, tel le Su-15Sh, destiné à l'attaque au sol, le Su-15-30 équipé du radar et des missiles du MiG-25, le Su-15bis équipé de réacteurs R-25-300, ou le Su-19, une version très améliorée.

Bien que peu maniable, il se révéla agréable à piloter. Il fut en son temps le chasseur équipé du radar le plus puissant d'URSS et un des plus rapides avions de combat de la planète. De fait, il eut le record du nombre d'interceptions réussies, y compris de ballons d'observations.

Il ne fut jamais engagé au combat, mais resta célèbre pour avoir abattu un Boeing 747, en l'occurrence le vol KAL 007 le 1er septembre 1983, ce qui se solda par la mort de 269 personnes. 5 ans plus tôt, le 20 avril 1978, un autre Su-15 avait endommagé un Boeing 707 de la même compagnie, le KAL 902, qui put atterrir en catastrophe sur un lac gelé, au prix de 2 morts et 10 blessés.

Le Flagon fut produit à 1 290 exemplaires et était avant tout un intercepteur de bombardiers. Il équipa vingt-neuf unités de la PVO et fut l'épine dorsale de la défense aérienne soviétique pendant vingt ans. Il ne fut jamais exporté, mais l'Ukraine en récupéra quelques exemplaires. Le Su-15 fut retiré du service en 1993, après la chute de l'URSS, et fut remplacé par les Su-27 et MiG-31. L'Ukraine fut le dernier pays à s'en séparer, en 1996.


Texte de Clansman.

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Sur le forum…

  • Les Soviétiques ont pas mal de prototypes assez rigolos, et étaient (ils sont toujours, d'ailleurs) attachés à pouvoir décoller depuis à peu près n'importe où. Il y a par exemple des photos d'avions équipés de skis ou de pare-boues impressionnants.

    C'est clair que le NK-12 doit être efficace pour faire son brushing le matin… enfin, si les cheveux restent sur le crâne :bonnet:
    Et tous ces points d'exclamation, vous avez remarqué ? Cinq ! C'est la marque d'un aliéné qui porte son slip sur la tête. L'opéra fait cet effet à certains.Terry Pratchett
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  • Alors plus exactement ADAC, à décollage courts, pas ADAV (vertical).
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  • Ah, ils en avaient aussi bricolé une version ADAV frankensteinesque du Su-15? Je savais qu'ils avaient fait ça pour le MiG-21 et le MiG-23 (qui avait, d'ailleurs, reçu pour l'occasion une aile en delta), mais pas pour le Su-15…
    Et oui, dans tous les cas, ce n'était pas a plus grande réussite du bureau Sukhoi, mais je le trouve tellement moche qu'il en est attachant, ce Su-15! Enfin, en tout cas, j'en ferais bien une maquette quand j'aurai descendu la quarantaine de boîtes qui traîne dans mon placard… Ou la moitié, au moins!
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  • La fiche sur le site

    Rien de mieux qu'un petit plan 2 vues pour l'icono, désolé.
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  • Merci pour cette fiche Clans.

    En revanche, on s'aperçut que l'emplacement des RD-36 avait mal été calculé, ce qui causait un cabrage en vol. A moins de 320 km/h, donc lors des phases d'atterrissage, le pilote était dans l'incapacité de le contrer.
    Un peu casse-gueule. :blesse:

    Ou alors il aurait fallu le modifier pour en faire un Tail-sitter… :mrgreen:
    " J’ignore la nature des armes que l’on utilisera pour la troisième guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres."  A. Einstein"Quand on change son fusil d'épaule, il y a intérêt à ne pas partir de la droite, sinon on passe l'arme à gauche."  Ph. Geluck
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  • T-58VD :


    Lorsqu'au début des années 1960 les Etats-Unis lancèrent le programme TFX (futur F-111) destiné à leur procurer un appareil de pénétration à basse altitude, les Soviétiques de leur côté n'avaient comme équivalents pour cette mission que l'Il-28 ou le Yak-28. Ils demandèrent donc un appareil équivalent au futur appareil américain et destiné à remplacer leurs propres machines.

    Sukhoï proposa donc le T-6. Celui-ci n'était pas encore ce qui allait devenir le futur Su-24 "Fencer". Lancé début 1965, c'est plutôt un avion ADAC (à décollage et atterrissage courts), qui doit recevoir des réacteurs Rybinsk RD36-35 de sustentation.

    Les ingénieurs de Sulhoï décident de recourir à un démonstrateur pour défricher ce domaine : ils récupèrent le premier prototype du Su-15, le T-58D-1, en janvier 1965 pour le modifier en usine. Le Su-15, à l'époque, vole depuis 3 ans et est sur le point de recevoir l'autorisation de mise en production.

    Le programme T-58VD (pour Vertikainyye Dvigateli, moteurs verticaux) fut placé sous la direction de R Yarmarkov. Cela consistait à placer 3 réacteurs RD-36-35 de 2300 (ou 2540) kgp chacun, verticalement ou plus exactement inclinés de 10°. Ils étaient placés dans une nouvelle section centrale, le premier en avant et les deux derniers en tandem à l'arrière. De tels systèmes avaient déjà été testés auparavant sur les MiG-21PD et MiG-23PD.

    Une autre modification consista à transformer l'aile, qui de delta devint double delta. La flèche de la partie externe passait à 45°

    Sukhoï reçut l'ordre officiel de développement le 6 mai 1965 et les modifications furent achevées en décembre 1965. Les premiers essais se firent au sol, avec un NK-12 soufflant l'air sur le T-58VD à différentes vitesses, en particulier la vitesse de décollage du Su-15 : presque 400 km/h. Le NK-12, le moteur du Tu-95, est un turbopropulseur de 15000 cv. Sacré sèche-cheveux.

    Le T-58VD fut transféré à Joukovski le 26 avril 1966. Il fit son premier vol le 6 juin 1966, entre les mains de Yevgenii Solovyov. Vladimir llyushine effectua également quelques vols, dont 3 en avril 1967. A la fin de 1966, 37 vols avaient été effectués, et les essais en vol se terminèrent fin 1967.

    Il en ressortait que la vitesse de décollage était réduite de 390 km/h à 285 km/h, celle d'atterrissage de 315 à 225 km/h. Concrètement, la distance de roulage passait de 1190 m à 500 m. En revanche, on s'aperçut que l'emplacement des RD-36 avait mal été calculé, ce qui causait un cabrage en vol. A moins de 320 km/h, donc lors des phases d'atterrissage, le pilote était dans l'incapacité de le contrer. De plus, les phases de décollage et d'atterrissage étaient particulièrement gourmande en carburant.

    Le T-58VD fut dévoilé au public lors du défilé de Moscou-Domodedovo le 9 juillet 1967, piloté par Yevgenii Solovyov. Il y fut remarqué par l'OTAN qui lui attribua le code "Flagon-B". Or, le T-58VD n'avait jamais été destiné à être construit en série. Il était dépourvu d'armement et seules ses ailes contenaient du carburant.

    En 1976, il fut donné à l'institut d'aviation de Moscou pour la formation des étudiants, mais fut ferraillé dès 1980. Quand au T-6-1, il vole le 2 juillet 1967, mais il fut remplacé par le T-6-2, véritable prototype du Su-24, qui vola à partir de 1970.




    http://prototypes.free.fr/t6/t6-6.htm


    http://prototypes.free.fr/t6/t6-10.htm


    https://www.globalsecurity.org/military/world/russia/su-15vd.htm


    http://www.airvectors.net/avsu15.html#m7
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  • Au hasard de mes pérégrinations sur les nacelles électroniques russes, je suis tombé sur une monographie complète sur l'appareil.
    Et tous ces points d'exclamation, vous avez remarqué ? Cinq ! C'est la marque d'un aliéné qui porte son slip sur la tête. L'opéra fait cet effet à certains.Terry Pratchett
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  • Le Su-15 en ligne
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  • OKB Sukhoi: A History of the Design Bureau and its Aircraft
    Yefim Gordon, Dmitriy Komissarov
    Midland Publishing
    Janvier 2010
    ISBN : 9781857803143
    :)
    Et tous ces points d'exclamation, vous avez remarqué ? Cinq ! C'est la marque d'un aliéné qui porte son slip sur la tête. L'opéra fait cet effet à certains.Terry Pratchett
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  • J'ai intégré tes infos dans la fiche. Tu peux me donner les références exactes du Gordon, que je puisse l'ajouter dans les sources, stp ? Merci d'avance ! ;)
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