Je l'ai fait hier et je vais vous faire partager ces moments… irréels !
"Mardi, 08h00, comme prévu depuis le mois de mai je gare ma voiture sur le parking vide de l'aérodrome. Le temps est radieux et un léger Mistral dégage un ciel magnifique.
Je me présente à la réception. Evelyne, une belle blonde d' 1,80m me sourit et me demande (un peu comme une infirmière avant de vous piquer) si je suis en forme. Comment a t-elle deviné que je suis venu pour "m'envoyer en l'air" et que, malgré des décennies d'attente, (pas moins que cela!) j'ai un peu le trac.
Jean Yves, le pilote (que je ne connaissais que par téléphone) arrive vers moi. Le physique d'un pilote de Mig. Les traits taillés à la serpe, la mâchoire carrée, le regard bleu, franc, et le sourire permanent. Rassurant.
Etonné de son accent méridional, je l'écoute me dire "Alors moi, c'est Yves et toi, ce sera Jo, d'accord ?" Je lui réponds "OK" mais je n'arrive pas à détacher mon regard du zing que j'entrevois sur le parking avions à travers la baie vitrée. L'Albatros L39. Celui là est bleu marine, brillant, une longue bande blanche souligne sa silhouette. Je veux le toucher… Vite !!!
Yves a deviné mes pensées car tout à coup, sa voix devient plus claire dans mes oreilles et je l'entends me dire: "Bon, on y va ?"… Dix minutes plus tard, je suis dans une combi couleur sable qui me va ma foi assez bien. Un coup d'œil discret et je suis rassuré : Ma femme, à qui j'ai confié l'appareil photo, cliche de tous côtés. (Pourvu qu'elle ne les rate pas !). Briefing du vol. J'avais choisi "30 minutes de Voltige mer".
Je suis conscient que je vis l'un des plus beaux moments de ma vie. Je suis fier et je pense que les pilotes, les vrais, font bien de sa la péter (parfois !)…c'est ce que je fais…
Une émotion indescriptible me prend les tripes quand, le casque sous le bras, je traverse le parking et me dirige vers l'avion. Il est plus gros que ce que je pensais. Brillant, racé… Bref.. BEAU ! Mes jambes tremblent un peu mais je suis à fond "dedans". Je vais voler dans un jet à réaction.
La prise en main des consignes de sécurité prend 25 minutes. Elles sont principalement orientées vers une éventuelle éjection et une descente "sous voile". Je pose plein de questions…Yves me répond. Je suis honnête et j'avoue que j'ai pensé qu'à vivre une telle expérience, pourquoi ne pas vivre une (bonne) éjection! mais je reste concentré sur les consignes… On fini, après le siège, par les détails de la planche de bord. Et puis, ça y est : Je suis brelaché sur le siège par le mécano. Le cockpit est étroit mais rassurant.
Dans ma poitrine une comtoise tape à 160/180 c/mn. Yves se met en place, essai radio. Comme il est bon d'entendre cette voix nasillarde quand elle s'adresse à vous ! C'est pas la vidéo…c'est du réel ! Mise en route des moteurs. Un sifflement aigu d'abord, qui se transforme vite en grondement. La bête prend des tours… ça vibre à peine…Vérif sur les organes extérieurs. On bouge… Essai de freins. OK. je suis bien. Yves me demande "On y va ?" et je me surprends à lui répondre "j'y suis déjà!".
Roulage… point fixe…et la phrase miracle provenant de la tour: "Lima Bravo… autorisation de décollage". Lâcher des freins… P… que ça pousse! j'aurais pas cru. J'ai envie de tout faire…regarder les bandes de piste qui défilent de plus en plus vite, surveiller les aiguilles qui montent… suivre les mouvements du manche… regarder de paysage… la piste par dessus le casque du pilote… et les roues quittent le sol. J'ai l'étrange impression que le bruit reste à terre car tout devient plus calme, feutré. Montée à 6500 pieds… tranquillement… palier… le badin augmente… Puis, sans prévenir, gentil virage à droite. Machinalement, ma main s'appuie sur la verrière. L'horizon est en travers… génial. Yves me demande si ça va… et comme je lui dis que tout est Ok on commence par une grande boucle. Je me tasse sur mon siège, les bretelles me serrent les épaules, la tête ballade un peu mais je me régale. Le ciel et la mer son mélangés. J'ai du mal à répondre à mon pilote tellement je suis rempli d'émotions. A cet instant, je pense très fort aux pilotes qui passent ce type de figues sans n'y prêter plus d'attention…aux commentaires de la Patrouille Victor ou de la PAF…. "Et on dégauchis…encore… toujours… eeeeeetttt cadence" ! Nous poursuivons par une paire de tonneaux lents… virage à gauche, à droite.. nouveau palier, re boucle… Yves me dis que l'on vient de prendre 3,5 g. Tout va toujours bien pour moi. Je vois la côte basculer. L'alti indique 8000 pieds. Et puis, l'instant magique. Yves me dit "Tu le prends un peu ?" et je lui dis bêtement "Quoi ?".. "Ben… l'avion, il est à toi…" Timidement, je prends le manche et le tire vers moi. Le nez se dresse au dessus de l'horizon.. Oh. comme il a l'air docile ! Je stabilise à 9500 Pieds et j'entends Yves qui me dit "Et alors ? le temps passe !!!". Ca me fait réagir et je me lance dans un tonneau… doucement… Ca vire comme je veux et… je mets les ailes à plat, enfin, presque. Petite correction et dans la foulée, j'annonce une boucle en menant le manche… Ca tourne, les bretelles me serrent encore et.. hop.. remise à plat parfaite en sortie. "Tu vois, c'est facile " me dit mon pilote…. On reprend du dabin et je me lance dans une nouvelle boucle. Et puis…j'improvise. Je guette l'horizon et quand j'ai la tête pendue, je balance un coup de manche à droite, l'avion fait un demi-tonneau et je retrouve à plat, cap opposé. Le "super!!!" de mon pilote me comble de joie. Nous sommes à 10 000 pieds et j'espère que d'en bas, ma femme et les copains me voient !!!
Et puis, le ronronnement du moteur se change subitement en sifflement aigu; l'avion est tout à coup secoué latéralement, comme si l'arrière voulait passer devant….Yves me demande ce que j'ai fait et en regardant mes mains, mes pieds, mes coudes.je lui réponds, pas rassuré "Rien"… Il reprend les commandes. L'avion descend en demi piqué…. Le bruit augmente, de plus en plus aigu, avec parfois des coupures de son… Je pense que se sont mes oreilles qui encaissent la rapide décompression. Je vois le casque devant moi qui s'agite et machinalement, je repère la poignée d'éjection. C'est bon, elle est là ! J'entends défiler clairement dans ma tête les consignes de tout à l'heure et, chose étrange, je ne suis plus rassuré… Je cherche à comprendre tout en surveillant l'aliti qui vient de passer 5000.
Je ne sais plus que regarder. La côte qui se rapproche, le ciel qui ne bouge pas, mes jambes, la poignée…
Et soudain, alors que nous sommes en fort piqué, je ressents au côté gauche une douleur sèche… Le bruit est de plus en plus fort… Un autre coup au même endroit me fait mal… Le bruit est maintenant insupportable… Je transpire énormément mais j'ai froid ! Je fixe quatre lumières rouges que je n'avais pas vues avant…
Puis, dans les écouteurs, la voix d’ Yves se transforme… elle devient celle de ma femme qui me dit : "Tu vas l'arrêter ton Putain. de réveil ???" J'ouvre les yeux et je découvre que le réveil indique 07h00 et que je dois me lever. je suis en sueur et j'ai mal de partout. merde. merde… merde….
Je me lève et j'entends la voix de ma femme me dire "Il va falloir te calmer avec tes avions… tu as parlé toute la nuit !"
Je bois mon café, le sourire aux lèvres et je pense à Yves… J'espère qu'il s'en est bien sorti !
Bon Week end à tous.
Capitaine
Général de corps aérien
Commandant
Sous-lieutenant
Aaaahhh… je me disais aussi… Yves a une drôle de voix tout à coup ! Alors c'était toi ?!
Aviateur 1ere classe
Général de division aérienne