Almaz S-400 Triumf (Sa-21 Growler)

  • Système anti-aérien S-400 Triumf
    Code OTAN SA-21 Growler


    Le système de défense anti-aérienne russe S-400 est sans doute l'un des systèmes les plus avancé actuellement en service. Sa capacité à traiter de multiples types de cibles, et sa résistance aux contre-mesures électroniques en font un système redouté par les forces aériennes de l'Otan.


    1 / Développement

    Le S-400 a été développé par Almaz-Antey (code interne : 40R6) au début comme une extrapolation des système de défense anti-aérienne S-300P, sa première dénomination étant, en effet S-300MPU3. Ses principales différences tiennent dans les nouveau radars employés, un automatisation plus poussée, tant en veille qu'en conduite de tir, une meilleure résistance aux contre-mesures électroniques, et l'emploi de nouveaux missiles, plus performants. D'une simple amélioration, les ingénieurs russes ont finalement développé un système nouveau, bien que partageant certains éléments avec ses prédécesseurs, comme avec le système S-350.
    Les premiers travaux ont commencé tout à la fin des années 1980, avec une première annonce officielle par les Forces Armées russe en de son existence en 1993. Les premiers essais eurent lieux au polygone de Kapustin-Yar en 1999. Des problèmes de développement ont ralenti le programme, et ce n'est qu'en 2007 que le système a été jugé bon pour le service. Le premier déploiement opérationnel fut le fait du 606ème Régiment de la Garde (PVO), en aout 2007, dans la région de Moscou.
    Depuis de nombreuses autres unités en ont été dotées, en Russie, mais aussi à l'étranger (Inde, Chine populaire, Turquie)

    Une version navale a été annoncée, élargissant la bulle de protection anti-aérienne des croiseurs classe "Kirov", de 100 à 250 km, mais il semble que les travaux soient stoppés.

    Le système S-400 sert également de base au système sud-Coréen KM-SAM "Cheongung" (Cheolmae 2). Celui-ci est plutot optimisé pour la moyenne portée (100 km). Il est développé en coopération avec Almaz (pour certains radar et missiles), et Thales. Il a été exporté aux Emirats Arabes Unis (contrat de 3,5 Milliards de dollars, signé en janvier 2022).


    2 / Description

    Le système S-400 est un système russe de missiles anti-aériens, de longue portée, et couvrant toutes les altitudes. Il est prévu pour intercepter tous types de cibles, depuis des drones volants en très basse altitude, jusqu'aux missiles balistiques, en passant par les avions furtifs. C'est un des système de défense anti aérienne les plus évolués en service actuellement.

    Ce qui caractérise le système S-400 est une architecture particulièrement complexe, plus que ses concurrents occidentaux ou chinois. La différence principale se situe au niveau des radars. Alors que la plupart des système SAM utilisent un unique radar de poursuite/conduite de tir, avec parfois un radar de veille associé, le S-400 se sert de 3 radars différents : 
    - un radar 92N6 (code Otan : Grave Stone) de conduite de tir, fonctionnant en bande I/J (9 à 11 GHz)
    - un radar 96L6 (code Otan Cheese Board) de veille, haute et basse altitude, en bande F (5 à 5,9 GHz). Il peut être installé au somment d'un mat mobile, afin d'augmenter sa portée.
    - un radar 91N6E (code Otan Big Bird), de veille 3D longue portée, en bande E/F (2,5 à 3,2 GHz)
    A ceux-ci peuvent être associés d'autres radars, en basses fréquences, plus optimisés pour les cibles furtives, ainsi que des radars d'autres systèmes (P-18, P-35). Parmi les radars les plus souvent associés, on peut citer les 67N6 Gamma DE, et surtout la gamme des Nebo SVU et M, particulièrement développés pour contre les engins furtifs. Le système S-400 peut également être intégré dans un réseau comprenant des récepteurs, qui permettent alors de localiser les émissions électromagnétiques ennemies (radar, radio, ou même contre-mesures électroniques (tel les Topaz, Trash Can, ou Vega).
    Les informations reçues des différents systèmes sont intégrées et traitées au centre de commandement du S-400. Cette capacité à intégrer de nombreux autres systèmes fait que le S-400 est non seulement particulièrement résistant aux contre-mesures électroniques (car du coup fonctionnant sur de nombreuses gammes de fréquences, et à partir de plusieurs sites), mais également permet de traiter différents types de cibles, en fonction de leur vitesse, altitude, taille, et furtivité. Cette intégration permet aussi de palier, dans une certaine mesure, à la mise hors-service d'un élément radar.

    La deuxième particularité du S-400 est qu'il peut employer plusieurs types de missiles, pour engager différents types de cibles, ces missiles ayant eux-même plusieurs types de guidage. Cinq types de missiles peuvent ainsi être utilisés, chacun étant optimisé pour une situation tactique et/ou un type de cible :
    - 40N6E, un missile hypersonique de très longue portée (+350 km), avec un autodirecteur actif, pour engager les cibles lointaines, et, sous condition, certaines engins volants sous l'horizon radar
    - 48N6DM / 48N6E3, missile longue portée de base, avec un auto directeur radar semi-actif, optimisé pour les cibles volant très haut (y compris missiles balistiques)
    - 48N6E2, version antérieure du E3, ne possédant pas la fonction anti missile balistique
    - 9M96 / 9M96E2, missile commun avec le système S-350, plutot optimisé pour les engins manoeuvrants,
    - 9M96E, également commun avec le S-350, disposant d'un autodirecteur IR ou actif radar, il est plus particulièrement destiné à la destruction des appareil en basse et très basse altitude.

    Cette variété de missiles, et de leurs caractéristiques est une des grande force du système S-400, car permet de s'adapter à (presque) tous les types de menaces. Elle complique également le travail de l'ennemi qui doit alors multiplier les tactiques ainsi que les contre-mesures. Par contre, cela se paye par une plus grande lourdeur logistique et le risque de manquer de missiles d'un type donné à un moment crucial.

    De nouveaux missiles sont en cours de développement, notamment le 77N6, conçu plus spécifiquement pour détruire les tètes de missiles balistiques.

    Le système S-400 fonctionne selon 3 modes principaux. Le premier peut être décrit comme un mode dégradé. Dans cette configuration le radar 92N6 assure, tout à la fois, la détection, le ciblage et la conduite de tir. Tous les missiles peuvent être utilisés, avec toutefois, certaines limitations. Il sera alors difficile de traiter les cibles volant à faible altitude, ainsi que les cibles furtive, car la fréquence du radar 92N6, entre 9 et 11 GHz correspond à celle pour laquelle les caractéristiques « stealth » sont optimisées.
    Le deuxième mode de fonctionnement est en autonome, le système S-400 étant isolé d'autre systèmes SAM et radars. Il y a alors utilisation des 3 radars. Cependant, ils n'ont pas besoin de fonctionner simultanément, ni même d'être positionnés proches l'un de l'autre. Donc le système peut être simplement en veille, utilisant un des radars de détection, qui transmet les infos à la conduite de tir, et même si son radar Grave Stone ne détecte pas la cible, il pourra cependant guider le missile suffisamment proche de la cible, afin que l'auto-directeur de ce dernier prenne le relais et détruise l'adversaire. Ainsi la cible peut ne pas être avertie qu'elle est accrochée, et du départ du missile, puisque seul un des radars de veille l'illuminera, et non celui de la conduite de tir. Cependant, cette configuration "veille" a ses limites, car ne pouvant traiter les cibles volant bas, sous l'horizon radar, et ne peut traiter à la fois la veille haute altitude (contre les missiles balistiques), et basse altitude (missiles de croisière, avions), car les caractéristiques demandées sont alors trop différentes (vitesse de scan, et fréquence et forme d'ondes trop dissemblables).
    Le troisième mode de fonctionnement est beaucoup plus intégré, permettant au système de donner toutes ses capacités. Il est alors relié à d'autres systèmes de veille et d'alerte. Ces derniers fournissent alors les données au S-400. Ce mode, bien que nécessitant beaucoup de plus de moyens et une forte intégration est le plus efficace, car, non seulement n'alerte pas la cible qu'elle est simplement suivie par un système S-400 (et encore moins d'un tir contre elle), mais permet également de traiter tous les types de cibles, et compris celles furtives et celle sous l'horizon radar.
    Cette capacité du système S-400 à traiter les cibles furtives est un des principaux points mis en avant. Même si la précision n'est pas optimale, c'est suffisant pour que la conduite de tir guide le missile à proximité de la cible, où l'auto-directeur (radar ou IR) de ce dernier prend alors le relais. De plus, la charge explosive élevée du missile 40N6E, de 180 kg, projetant une nuée d'éclats, ne nécessite pas un coup direct, mais simplement d'exploser à proximité.

    Comme on le voit, le système S-400 est un ensemble possédant des capacités très larges, pouvant traités des engins furtifs, des cibles volants à très basses altitudes, des missiles de croisière, et même des missiles balistiques. Ce dernier point est même une des fonctions principales du S-400. Il a été conçu pour traiter des missiles balistiques jusqu'à une vitesse de mach 14.

    Cependant, comme tout système, le S-400 possède quelques limitations. La première est le cout et la complexité du système. Il nécessite également un entretien très soigné et de nombreux servants, très bien entrainés. De plus, malgré les bonnes performances du système par lui même, il ne donne sa pleine mesure que dans un ensemble fortement intégré de défenses anti aérienne, associant d'autres radars et d'autres missiles (notamment pour la défense rapprochée). Le S-400 peut également être vulnérable à des attaques saturantes, car le radar de conduite de tir Grave Stone ne peut guider que 12 missiles en même temps, contre 6 cibles différentes, et à condition que celles-ci proviennent toutes d'un même secteur de 100 à 120° d'amplitude. Ceci est du, notamment, au fait que la conduite de tir doit rester pointée sur les missiles pour en assurer le guidage. Ce fait, avec une certaine vulnérabilité à très courte portée, fait que les S-400 sont toujours déployés en association avec d'autres systèmes de défense anti-aérienne de courte portée, comme des Pantsir (SA-22 Greyhound), ou des Tor (SA-15 Gauntlet).

    La vulnérabilité du S-400 au brouillage électro-magnétique est un des points sur lequel les concepteurs ont particulièrement travaillé. La présence de 3 radars, travaillant sur des gammes de fréquences différentes (et notamment en basse fréquence pour le Big Bird) rend le brouillage total du système peu probable. Seul le mode dégradé, ou le radar de conduite de tir assure tout à la fois, veille, ciblage et guidage des missiles peut être réellement sensible à des contre-mesures électroniques. Dans les autres modes, non seulement la cible devrait disposer de moyens de brouillage de forte puissance et travaillant sur des gammes de fréquences étendues, mais en plus, comme le radar de conduite de tir, dans ce cas, ne doit guider les missiles qu'à proximité de la cible, l'auto-directeur de ces missile peut très bien alors prendre le relais, et, par exemple, se verrouiller sur les systèmes de brouillage. Comme également la conduite de tir n'a pas besoin d'illuminer la cible, celle-ci n'est pas avertie qu'elle est traquée, ni même du tir du missile contre elle. Et la multitude de missiles pouvant être employés, associés à différents types de guidages terminaux, rend la tache de brouillage de ceux-ci très difficile, car devant couvrir, à priori, un très large spectre de menaces.
    De plus, les forces occidentales se sont, historiquement, plutot focalisées à contrer des systèmes fonctionnant en hautes fréquences (bandes I et J principalement), négligeant quelque peu les basses fréquences (bande E notamment). Les russes ont donc exploité cette faille.
    Un des seuls points faibles du S-400 pourrait être contre les engins volant à très basses altitudes, et à basses vitesses (petits drones suicide), en dessous du seuil de sensibilité doppler des radars. C'est également pour cela qu'il est associé à d'autres systèmes très courtes portée, pour couvrir cette faiblesse.

    Dernier point, le système S-400 peut également être employé en sol-sol, certes avec des performances dégradées (précision des missiles lorsqu'ils passent sous l'horizon radar). Cet usage a été intégré dès la phase de conception. De nombreux SAM soviétiques, puis russes disposent de cette capacité, et les forces russes emploient ce mode en Ukraine, avec des vieux missiles S-300. Contrairement à certaines analyses, ceci n'est pas le signe que les russes arrivent au bout de leur stock de missiles dédiés en sol-sol, mais est bien une caractéristique intrinsèque de leurs système SAM. Plutot que de mettre au rebut des missiles qui ont atteint leurs limites, autant les utiliser une dernière fois. Même si les effets tactiques sont limités (charge et précision relativement faible), cela oblige l'adversaire à les contrer, et donc épuise ses stocks.

    Du fait de ses caractéristiques (5 types de missiles, 3 types de radars, intégration poussée avec d'autres systèmes), le système S-400 est donc un ensemble cohérent de défense anti-aérienne, couvrant une large gamme de fréquences, d'altitudes, de portées, et de cibles potentielles, car chaque élément couvre les déficiences de ses voisins. En contre partie, cela se paye par un cout très élevé (acquisition et fonctionnement), ainsi qu'une logistique matérielle et humaine lourde.

    Image
    Composantes d'un bataillon de S-400 (source : Sputnik.ru, licence creative common)


    3 / Caractéristiques

    Le système S-400 est un ensemble de défense anti-aérienne semi-mobile. Il est basé sur des véhicules à 8 roues motrices. Un Bataillon comprend généralement un poste de commandement (55K6E), avec deux radars associés (Big Bird, et Cheese Bord), et peut intégrer de 4 à 6 batteries, chacune composée d'un directeur de tir, avec son radar Grave Stone, et jusqu'à 6 lanceurs TEL (Transporter – Erector – Launcher, 5P85T/S). Il peut tirer 5 types de missiles différents, contre de multiples types de menaces, depuis les missiles Balistiques, jusqu'au engins furtifs, en passant par les missiles de croisière.

    Les principales caractéristiques des 3 radars du système sont :
    (attention, certaines données ne sont pas confirmées, et d'autres correspondent à des conditions d'emploi optimales). Les bandes de fréquences indiquées sont les bandes Otan, et non les bandes IEEE.
    - Radar 96N6 (code Otan : Grave Stone) de conduite de tir. Il est dérivé du radar 30N6 du S-300, avec de nombreuses amélioration et une meilleure protection contre les CME.

    • Portée maximale : 400 km

    • Altitude maximale : + 50 km

    • Fréquences : 9 à 11 GHZ (bandes I et J)


    - Radar 91N6E (Code Otan : Big Bird), de veille longue porté 3D. Il a été développé à partir du radar 64N6 du système S-300, avec des performances très améliorées.

    • Portée maximale : 600 km

    • Altitude maximale : + 40 km

    • Fréquences : 2,5 à 3,2 GHz (bandes E et F)

    • Précision en distance : 200m

    • précision angulaire : 0,18°


    - Radar 96L6E (Code Otan : Cheese Board), de veille longue portée. Il est donné pour pouvoir suivre jusqu'à 100 cibles à la fois, avec des vitesses de 100 à près de 10 000 km/h. Il peut être installé sur un mat auto-élévateur 40V6MR, afin d'améliorer la détection des cibles en très basse altitude, ainsi que d'éviter les cluters de retour terrain en zone accidentée. Sa vitesse de rotation est de 5 tours par minutes (basse altitude) ou 10 tours par minute (haute altitude). Le scan horizontal est donc mécanique, alors que le scan vertical est électronique.

    • Portée maximale : 300 km

    • Portée minimale : 5 km

    • Altitude maximale : + 50 km

    • Fréquences : 5 à 5,9 GHZ (bande F)




    Principales caractéristiques des missiles tirés par le S-400 :
    (attention, certaines données ne sont pas confirmées, et d'autres correspondent à des conditions d'emploi optimales)
    Ces missiles peuvent être portés, soit par camion TEL 5P90S (chassis BAZ 6909-022), or sur semi-remorque TEL 5P90TMU (TEL = Transporter – Erector – Launcher), Les missiles sont éjectés du tube par une charge de gaz, et parvenus vers 30 m de hauteur, le moteur fusée s'enclenche.
    - Missile 40N6E, missile hypersonique de très longue portée, avec un autodirecteur actif, pour engager les cibles lointaines, et, sous condition, certaines engins volants sous l'horizon radar.

    • Longueur: 11,28m

    • Diamètre : 1,24 m (donnée pouvant correspondre à une dimension avec les ailes déployées, diamètre du corps du missile plus proche de 0,515m des 48N6E)

    • Masse :1893 kg

    • Charge : 180 kg

    • Autodirecteur : radar actif

    • Portée maximale : 380 km

    • Altitude maximale : 185 km

    • Vitesse maximale : Mach 12 (+ 14 000 km/h)


    - Missile 48N6DM et/ou 48N6E3, missile longue portée de base, avec un auto directeur radar semi-actif, optimisé pour les cibles volant très haut (y compris missile balistiques en phase terminale). La présence d'un mode auto-directeur infra-rouge n'est pas confirmée (mais possible)

    • Longueur: 7,50 m

    • Diamètre : 0,515 m

    • Masse : 1835 kg (2635 kg)

    • Charge : 145 kg (180 kg)

    • Autodirecteur : radar actif, possibilité IR ?

    • Portée maximale : 150 km (250km)

    • Altitude maximale : 27 km (30 km)

    • Vitesse maximale : Mach 6 (mach 6,5)


    - Missile 48N6E2, version antérieure du E3, ne possédant pas la fonction anti missile balistique, autres caractéristiques identiques, sauf pas d'auto-directeur IR
    - Missile 9M96 et 9M96E2, missile commun avec le système S-350, plutot optimisé pour les engins manoeuvrants :

    • Longueur : 5,65m

    • Diamètre : 0,24 m

    • Masse : 420kg

    • Charge : 24 kg

    • Auto-directeur : Radar actif

    • Portée maximale : 120 km

    • Altitude maximale : 30 km

    • Vitesse maximale : mach 2,9


    - Missile 9M96E, également commun avec le S-350, disposant d'un autodirecteur actif radar (possibilité de l'équiper en IR, à confirmer), il est plus particulièrement destiné à la destruction des appareil en basse et très basse altitude :

    • Longueur : 4,75m

    • Diamètre : 0,24 m

    • Masse : 333 kg

    • Charge : 12 kg

    • Auto-directeur : Radar actif (Infra-rouge non confirmé)

    • Portée maximale : 40 km

    • Altitude maximale : 20 km

    • Vitesse maximale : mach 2,6



    Si les plus gros des missiles sont abrités à raison de 1 par tube (et donc 4 par TEL), les autre missiles, plus petits (diamètre de 0,24m seulement) peuvent être abrités à raison de 4 par tubes. Comme les tubes sont extérieurement identiques, il est impossible de savoir quels missiles ils renferment, et donc les performances exactes d'un système S-400. Ces missiles sont indiqués pour une durée de vie de 15 ans, si stockés convenablement et si le conteneur n'a pas été ouvert. Après il faut un retour en usine pour remise à zéro.

    4 / Utilisation

    Il n'est souvent pas facile de savoir combien de systèmes sont en services, chez quels utilisateurs, et avec quels panachages de missiles, ces données étant souvent considérées comme secret-défense.

    Généralement, les unités sont organisées en Bataillons, avec un poste de commandement et les radars de veille, et de 4 à 6 batterie intégrées, chacune avec un radar de conduite de tir 96N6, et de 4 à 6 lanceurs, chacun avec 4 missiles. Un bataillon comprendrait donc 16 à 24 TEL et de 64 à 96 missiles (avec le même nombre en réserve). Chaque bataillon se voit associé un bataillon de Pantsir-S (SA-21) pour sa défense rapprochée et basse altitude, avec 6 véhicules de tir.

    Russie

    Le premier déploiement opérationnel fut le fait du 606ème Régiment de la Garde (PVO), en aout 2007, à Electrostal, dans la région de Moscou, sur le site d'une ancienne base de S-25 / SA-1 Guild. Les livraisons ont suivi à un rythme élevé, et fin 2019, 57 bataillons (dénommés Division dans les VKS) étaient opérationnels, dans toutes les régions de Russie, dont 4 unités dans l'enclave de Kaliningrad, et 4 en Crimée occupée.

    Le système S-400 a été déployé en Syrie, en réponse à la destruction du Su-24M russes par la chasse turque en novembre 2015. Deux unités (batterie ou bataillon, le format exact n'est pas clair ?) ont été déployés, sur la base de Khmeimin, et près de la ville de Masyaf, non loin de la frontière avec le Liban. Il faut remarquer que ces systèmes restent sous la totale responsabilité des forces armées russes, et non syriennes. Cependant, le déploiement de S-400 en Syrie n'a pas stoppé les attaques israéliennes par F-35 sur des objectifs iraniens dans ce pays, notamment autour du port de Lattaquié.

    Le système S-400 a également été déployé en Ukraine, d'abord en Crimée occupée (12ème et 18ème Régiments de missiles anti-aériens), puis pour couvrir les forces russes lors de leur assaut en 2022 (Unités et nombres de systèmes inconnus). Le S-400 est, notamment, responsable de la mort du Col. Oleksandr Oksanchenko, célèbre pilote ukrainien de démonstration sur Su-27. D'après les ukrainiens, le S-400 serait incapable d'intercepter les roquettes Himars.
    D'une façon générale, il faut remarquer l'efficacité des systèmes de défense anti-aériens, tant russes qu'ukrainiens, stérilisant le ciel au dessus de l'Ukraine, forçant les appareils à voler à très basse altitudes, et avec de lourdes pertes.

    Biélorussie

    La Russie aurait basé des systèmes S-400 en Biélorussie, dès 2021. Il a été indiqué que des troupes Biélorusses s'entraineraient sur ces système et que la Biélorussie en aurait commandé en mai 2022. Informations au conditionnel, non confirmées. D'après des média biélorusses, les russes seraient plutot en train de transférer les systèmes S-300 et S-400 basés dans ce pays vers la Russie.

    République populaire de Chine

    Contrat de 3 milliards de dollars, signé en 2015, pour la fourniture de 6 batteries. Cependant, les forces armées de la République populaire de Chine semblent peu satisfaites de ces systèmes, du fait de leurs couts, de leur complexité, et de leurs performance, moindres qu'annoncées, et à peine supérieure à leur propre système FD-2000. Les principaux manques du S-400 porteraient, d'après des experts chinois, sur sa faible capacité à intercepter des missiles hypersoniques, ainsi que les cibles volants en très basse altitude. Une autre analyse évoquée serait que les chinois auraient acheté les systèmes russes principalement dans le but de les copier, et ainsi développer leurs propres équivalents.

    Inde

    Le système S-400 a été commandé par l'Inde en 2018, avec un marché de 5,43 milliards de dollars, pour équiper 5 Squadrons de défense anti-aérienne, le premier étant déployé en fin 2021 dans le Punjab, face au Pakistan. Un second devrait être installé sur la frontière nord fin 2022 (face à la Chine). La guerre en Ukraine risque de fortement ralentir les livraisons.

    Turquie

    Peut être la vente la plus médiatisée. En effet, la Turquie est membre de l'Otan, et avait commandé des F-35 aux Etats-Unis, Du fait de l’achat par Ankara du système russe, les USA ont annulé la fourniture des F-35. Contrat signé en décembre 2017, pour un montant de 2,5 milliards de dollars. Réception des premières batteries en juillet 2019. Un second lot serait (très conditionnel) en cours de négociation entre la Turquie et la Russie. Les forces armées turques ont procédé à plusieurs tirs d'essais, et auraient identifié des déficiences dans les capacités d'interception d'engins volant très bas et lentement. Les deux premiers bataillons ont été déployées près d'Istambul (15th Missile Command base), et près de Urfa (ancienne Edesse), près de la frontière avec la Syrie (20th Missile Command base).

    L'Algérie est parfois citée comme utilisateur de système S-400, mais il n'y a aucune confirmation du fait.


    5 / Références
    (Il y a finalement peu de littérature sur le système S-400, car beaucoup d'articles ne font que se reprendre les uns - les autres)

    - Défense et Sécurité Internationale, numéro Hors-Série 71, « Russie : Quelle puissance militaire ? », avril-mai 2020.

    - https://en.wikipedia.org/wiki/S-400_missile_system ; 2022
    - http://ausairpower.net/APA-S-400-Triumf.html ; 2012


    Illustrations libres de droits

    https://en.wikipedia.org/wiki/S-400_missile_system#/media/File:96L6E_radar_radar_-_100th_Anniversary_VVS-R_-01.jpg

    [url=https://en.wikipedia.org/wiki/S-400_missile_system#/media/File
    smiley-400_missile_48N6E3.jpg]https://en.wikipedia.org/wiki/S-400_missile_system#/media/File
    smiley-400_missile_48N6E3.jpg


    https://en.wikipedia.org/wiki/S-400_missile_system#/media/File:BAZ-6909-022_chassis_for_S-400_system_-06.jpg

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/df/92N6A_radar_for_S-400.jpg/1280px-92N6A_radar_for_S-400.jpg
      Lien   Revenir ici   Citer modifié 2 fois par jff le Nov. 24, 2022, 5:10 p.m.
  • smiley smiley smiley 
    Je m'attendais à apprendre des choses sur le S400 grâce à ta fiche… mais là, je crois qu'on va tous être des pros de ce système antiaérien ! smiley
    " J’ignore la nature des armes que l’on utilisera pour la troisième guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres."  A. Einstein       "Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles."  Max Frisch
      Lien   Revenir ici   Citer
  • C'est, je crois, la fiche qui m'a donnée le plus de travail. Non seulement le domaine est complexe, mais, finalement, peu documenté. Ou plus exactement, la plupart des références découlent de seulement 3 ou 4 documents de base. Donc un gros travail de vérifications croisées, et de synthèse. De plus, certaines infos sont en russe (et donc en cyrillique ….), et les pages russes d'origines (celles de Almaz par exemple) sont, pour le moment, indisponibles.

    Quand on regarde les retours d'expériences des utilisateurs, on peut se poser la question : "finalement, quelles performances réelles du système ?"
    La question n'est pas simple à répondre. Déjà, l'utilisation est relativement récente, souvent un ou deux ans. De plus, c'est un système très complexe, nécessitant une longue formation des servants. Après, il a été vendu par les russes comme pouvant tout faire, depuis l'interception de drones volant lentement et à très basse altitude, jusqu'au missiles balistiques en haute altitude, en passant par les appareils furtifs. (et non, il ne fait pas le café, en plus …… ). Donc il est inévitable que la réalité soit un peu moins brillante que les brochures de publicité, et que les performances réelles soient en deçà de ce qui a été annoncé, surtout dans les limites du système (TBA, appareils furtifs, très haute et très basse vitesse). En dépit de ces limites, il semble bien que ce système, intégré dans un ensemble plus vaste, de détection, et de tir, pose des défis redoutables pour tout assaillant, et doive être pris très au sérieux.
      Lien   Revenir ici   Citer modifié par jff le Nov. 24, 2022, 5:04 p.m.