Historique
Le Be-12 fut conçu en même temps que le Be-10, afin de succéder au Be-6. Ce dernier ayant fait ses preuves, le Be-12 en reprend nombre d'éléments, comme les ailes en mouette et les dérives ovales. Il est cependant plus allongé que le Be-6 et est motorisé par des turbopropulseurs, ce qui était une première pour un hydravion amphibie soviétique. Il est également pourvu d'un train d'atterrissage rétractable, particulièrement solide. Il ne dispose pas d'armement défensif, la queue contenant un MAD et non une tourelle de tir. Quand au radar, il est situé dans le nez. Sa construction était entièrement métallique, et il était divisé en 10 compartiments. Plus léger que le Be-10, il en reprend cependant la coque.
L'étude avait commencée dès le 28 mars 1956 sous l'égide de A.K. Konstantinov, qui en équipant un Be-6 de turbopropulseurs, aboutissait à un appareil nommé "produit E". Il s'agissait de répondre à une demande de l'AV-MF, qui voulait contrer les sous-marins équipés des nouveaux missiles "Polaris" A-1. Dès août de la même année, une maquette était prête à être testée dans un tunnel de soufflerie. Dès novembre 1957, le projet fut accepté par l'armée.
Le premier des 2 prototypes construits effectua son vol inaugural le 18 octobre 1960 à Taganrog, après un déjaugage. Le premier décollage eut lieu le 2 novembre 1960. Il fut officieusement surnommé
Tc
haïka, ce qui signifie mouette, en raison de ses ailes. Il fut dévoilé à Tushino, en 1961 : l'unique prototype alors construit suivit la formation de 4 Be-10. Il reçut alors l'appellation OTAN
Mail. Cependant, l'appareil s'écrasa le 24 novembre 1961, tuant ses 3 membres d'équipage. Un deuxième prototype fut alors construit, avec les nacelles moteurs placées cette fois au-dessus des ailes. Il vola en septembre 1962.
Le Be-12 fut livré à l'AV-MF en 1964, et les tests d'acceptation durèrent jusqu'en 1965. Il entra en service au sein du 318 OPAP de la Flotte de la Mer Noire en juillet 1965. Ses missions au départ furent la patrouille maritime et la lutte contre les sous-marins, en particulier les SNLE, à 370 km d'une base terrestre et en complément des Tu-142 et Il-38. Il était équipé pour cela de 3000 kg de charge utile, incluant des bombes, des charges de profondeurs et des torpilles AT-1. Toutes ces armes étaient situées dans une soute ou sous 4 points d'emport. Dès 1967, il avait remplacé le Be-6. Il disposait d'un Sonar
Bakou, d'un MAD APM-60E et d'un radar Initsiativa-2B. Il était au départ équipé de 2 Kuznetsov NK-4F de 5000 hp, puis de 2 Ivchenko AI-20.
La version d'origine fut construite à 130 exemplaires, entre le 12 décembre 1963 et juin 1973. Il sut faire la preuve de sa robustesse, de sa polyvalence, de sa fiabilité et de sa manœuvrabilité, mais aussi de son manque de confort et de son bruit élevé. Il ne souffrit même pas de la corrosion. Il fut déployé dans tous les secteurs de l'aviation navale : Mer noire, mer baltique, Océan pacifique et frontière nord. Il équipa 4 régiments au milieu des années 1970, soit 12 escadrons de 8 avions chacun.
27 d'entre eux furent convertis en Be-12N et entrèrent en service en avril 1976, avec une avionique modernisée, un radar Initsiativa-2BN, un MAD APM-73S, et un système de recherche et d'attaque
Nartsiss. Les livraisons se terminèrent en 1977.
Le Be-14 était une version modernisée, destinée à la recherche et au sauvetage par tout temps. Son équipage passait à 6 membres, il recevait de nouveaux équipements SAR et médicaux ainsi que des moteurs AI-20D. Un seul exemplaire fut construit en 1965 et fut testé en 1969 et 1970. Les coûts s'avérèrent trop élevés et il ne fut pas construit en série.
Lorsque le Be-12 fut dépassé par les nouveaux sous-marins américains, dont la portée des missiles
Polaris A-3 avait considérablement augmentée, il fut transféré à des missions de recherche et de sauvetage et remplacé dans son ancien rôle par le Mi-14 et l'Il-38. 10 exemplaires d'une nouvelle version, le Be-12PS (pour
Poiskovo-Spasatelynyi : recherche et sauvetage), furent construits entre avril 1972 et novembre 1973, et 4 Be-12 convertis à ce standard. Il conservait la protubérance contenant le MAD, mais était doté d'une trappe sous l'aile.
Avec la fin de l'URSS, apparut une nouvelle version : le Be-12P (
Protivopozarnyi : protection contre le feu), chargé de la lutte contre les incendies. 4 appareils furent convertis en 1992, en recevant un bidon de 4500 litres et deux autres de 750 l. 8 autres appareils étaient prévus, mais n'ont pas été financés. Un appareil, codé 12 jaune et immatriculé RA-00046, fut converti en Be-12P-200, afin de tester certains systèmes du Be-200. Il fut testé avec succès en 1996.
D'autres versions expérimentales virent le jour : citons le Be-12LL, destiné aux essais du missile anti-navire 3M-80
Moskit. Le radar de nez d'un Be-12 fut remplacé par la tête chercheuse du missile en 1980.
Dès 1961, un Be-12 fut converti afin de tester une charge de profondeur nucléaire, la SK-1. Il fut désigné Be-12SK.
2 Be-12 furent convertis en 1993 en appareils de transport, en enlevant l'équipement militaire et en perçant de nouveaux hublots. Ils prirent la désignation de Be-12NKh. Ils furent utilisés par la
Sakhalin Airlines Pacific aviation, avant d'être accidentés. Cela entraîna la fin du projet.
Deux Be-12 furent modifiés en M-12 afin de battre plus de 40 records dans leur catégorie (l'un amphibie et l'autre hydravion pur), en 1964 (altitude de 12,185 m sans charge utile), 1968 (vitesse avec 552 km/h sur 500 km) et 1970 (530 km/h avec 2200 kg de charge utile sur plus de 1000 km). Le nombre de records battus (entre 42 et 46 selon les sources) est en soi un record. Ils furent plus tard remis au standard d'origine.
Une version de reconnaissance écologique, le Be-12EKO, ainsi qu'une version destinée aux recherches scientifiques, le Be-12I conçu en 1991, furent envisagées. Mais elles ne furent jamais construites.
3 Be-12 portant les marques égyptiennes furent utilisés par les soviétiques de 1968 à juillet 1972, afin de surveiller les navires de la 6e flotte américaine dans la Méditerranée. Ils étaient basés au Caire puis à Marsa Matruh. Le Vietnam a reçu 4 appareils en 1981, et furent basés à Cam Ranh Bay afin de surveiller la 7e Flotte américaine. Contrairement à certaines rumeurs, il n'a pas exporté en Syrie ou en Chine.
Toutes versions confondues, dont les prototypes, le Be-12 fut construit à 142 exemplaires. L'Aviation Navale Russe possède encore 9 exemplaires de cet appareil, utilisés en collaboration avec la flotte de la mer Noire. Il était question de le remplacer par un appareil comme l'A-40, mais les contraintes budgétaires font que la question est loin d'être résolue. Après la dissolution de l'URSS, l'Ukraine en a récupéré 14, dont certains sont encore utilisés par l'aviation navale ukrainienne. En 1993, l'AV-MF disposait de 55 appareils, plus 22 en réserves, pour des missions de sauvetage. Un exemplaire de la première série est également exposé à Monino.
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