Macchi M.C.200 "Saetta"

  • Chasseur monoplan italien de la Seconde Guerre Mondiale.

    Bien que les récents Fiat CR.32 aient fait bonne impression au début de la Guerre d’Espagne, ils se révèlent néanmoins inférieurs aux chasseurs modernes les plus récents, certes moins agiles, mais surtout beaucoup plus rapides. Le 10 février 1936, le Ministero dell'Aeronatica publie un cahier des charges concernant un intercepteur basé à terre armé d'une ou deux mitrailleuses de calibre 12,7 mm, capable d’atteindre la vitesse de 500km/h, de monter à 6’000 mètres en 5 min et d’avoir une autonomie de deux heures. Il devra être muni d’ailes basses, d'un train d'atterrissage escamotable, et être motorisé par un moteur en étoile Fiat A.74 de 840 ch, qui est un Pratt & Whitney R-1830-64 produit sous licence.

    L’entreprise familiale Aeronautica Macchi confie ce projet à l'ingénieur Mario Castoldi, d’où les initiales M.C. (Macchi-Castoldi) dans sa désignation. Mario Castoldi a déjà une bonne expérience avec la conception des hydravions Macchi M.39, vainqueur de la prestigieuse Coupe Schneider en 1926, et du très rapide M.C.72, le premier appareil à porter la désignation "M.C". Comme pour ses avions conçus précédemment, il désire motoriser son appareil avec un moteur en ligne, afin de garder une aérodynamique plus élaborée, mais les spécifications sont claires sur l’utilisation du moteur en étoile Fiat A.74 : tout autre moteur disqualifierait l’avion.

    Désigné M.C.200 "Saetta", ce qui veut dire "foudre" en italien, ce nouvel appareil possède une cellule entièrement métallique. Le cockpit est fermé et légèrement surélevé pour permettre une meilleure visibilité au pilote. Les ailes, en position basse, sont effilées et leur extrémité est arrondie. L’empennage est de type conventionnel, avec également les extrémités arrondies. Le train d’atterrissage classique est constitué d’un train principal escamotable et d’une roulette de queue directrice. Le moteur Fiat A.74 RC.38 entraîne une hélice métallique tripale à pas variable en vol. Le diamètre du capot du M.C.200 est réduit au minimum, avec des bosselages pour abriter les têtes de cylindres, ce qui permet d’améliorer l’aérodynamisme et la visibilité vers l’avant. Le carburant est transporté dans deux réservoirs auto-obturants placés dans le fuselage en position centrale, l'un entre les deux ailes et l'autre sous le poste de pilotage. L'armement est constitué de deux mitrailleuses Breda-SAFAT calibre 12,7 mm montées au-dessus du capot du moteur, synchronisées et tirant au travers du disque de l'hélice. Elles sont munitionnées de 370 coups chacune. Pour les missions d’attaque au sol et d’appuis aérien, des points d’emports sous les ailes permettent de transporter deux bombes de 160 kg ou deux réservoirs de carburant auxiliaire de 150 L chacun.

    Lors de la présentation des travaux, des fonctionnaires du Ministero dell'Aeronatica demande de modifier la cellule pour enlever cette "bosse" sur laquelle est situé le cockpit, ce qui est refusé par les ingénieurs de Macchi, pour qui le faible gain aérodynamique ne remplacerait pas les avantages d’une excellente visibilité. Elle est finalement conservée, pour le bonheur des futurs pilotes.

    Les deux prototypes sont rapidement développés et reçoivent les immatriculations militaires MM.226 et MM.227. Le MM.226 effectue son premier vol le 24 décembre 1937 à Lonate Pozzolo (Va), avec le pilote d'essai Giuseppe Burei aux commandes. Les premières impressions sont positives, le prototype atteignant 805km/h en piqué sans problème structurel ni de difficulté à piloter. En revanche, la vitesse de 500 km/h en palier n’est juste pas atteinte, il reste cependant le plus rapide des avions en compétition. Cette vitesse spécifiée dans le cahier des charges sera par la suite atteinte, avec une vitesse maximale de 504 km/h. Durant les essais effectués en juin 1938 à Guidonia par le major Ugo Borgogno, il apparait que l’avion a tendance à partir en vrille plate lors de virages trop serrés. Un défaut régulièrement remarqué sur d’autres modèles italiens en cours de développement à l’époque. Le M.C.200 est suspendu de vol en attendant d’en connaître les causes et d’effectuer les modifications nécessaires. Malheureusement pour Macchi, ces retards empêchent d’honorer la commande initiale d’une douzaine d’appareils pour le Danemark, le pays ayant été entre-temps envahi par l’Allemagne.

    Un nouveau profil de l’aile, rapidement expérimenté par Mario Castoldi, permet de parer ce comportement dangereux, mais elles seront réservées pour un prochain appareil, le M.C.202. En effet, de son côté Sergio Stefanutti démontre qu’une solution plus simple et moins coûteuse est également efficace : il suffit de coller des couches de contreplaqué de bois au centre et aux extrémités des ailes pour en modifier le profil. Les essais reprennent et les pilotes reprennent confiances en cet appareil qui est désormais capable de manœuvrer en toutes sécurité, sans vibrations, bien que dans certaines conditions les virages serrés sur la droite peuvent encore déclencher des débuts de vrille.

    Les premiers M.C.200 sont livrés à la Regia Aeronautica en 1939 et 156 exemplaires sont en service lors de l’entrée en guerre de l’Italie en juin 1940. Les pilotes constatent que la verrière ne peut être ouverte qu’en dessous d’une certaine vitesse, à cause de la pression exercée dessus. Par conséquent, il est décidé d’équiper les appareils suivants de verrières semi-fermées, permettant ainsi d’évacuer l’appareil en cas d’urgence. La roulette de queue rétractable est également abandonnée pour une roulette de queue non rétractable après le 146e exemplaire construit.

    La protection du pilote, délaissée dans un premier temps pour gagner de la masse, doit être améliorée. Pour cela, des plaques de blindage sont acheminées jusqu’aux unités au front pour y être installées. Après ces modifications, le "Saetta" est certainement le meilleur chasseur italien de l’époque. De l'entrée en guerre de l’Italie, en juin 1940, jusqu'à sa reddition en septembre 1943, le M.C.200 est également le chasseur italien le plus utilisé. Opérant en Grèce, en Afrique du Nord, en Yougoslavie, en Méditerranée et en Russie, il rivalise avec les meilleurs chasseurs alliés grâce à une excellente manœuvrabilité et en dépit d’un armement peu puissant. Avant la fin de l’année 1941, le Supermarine Spitfire est le seul combattant adverse capable de surclasser régulièrement le M.C.200, même si le P.40 et les dernières versions du Hurricane peuvent également lui poser des problèmes. Par la suite, l’armement léger du "Saetta" ne lui permet plus de rivaliser avec les nouveaux chasseurs plus performants et plus puissants, tel les P.38, P.47 et P.51 américains, ainsi que les Yak-3 et Yak-9 russes.

    Sur les différentes zones d’opérations, on remarque qu’il n’a finalement que peu combattu en tant que chasseur pur, mais souvent comme avion d’escorte ou d’appuis au sol et de bombardement. En Yougoslavie, il surclasse les Gloster Gladiator et les Hawker Hurricanes déployés dans cette région, avant d’être utilisé pour des missions d’attaque au sol. Ces dernières consistent à détruire des navires et des hydravions dans les ports, attaquer des aérodromes, ainsi que des zones de stockage. Le 17 avril 1941, lorsque les opérations italiennes en Yougoslavie cessent, les M.C.200 ont une vingtaine d’avions et d’hydravions détruits et une dizaine d’autres endommagés à leur actif, sans avoir subis aucune perte.

    En Afrique du Nord, dans la région désignée Africa Settentrionale Italiana (ASI), les M.C.200 se confrontent aux Gladiator, Hurricane, Spitfire et P.40. Ils interceptent également des bombardiers Consolidated B-24 Liberator et Bristol Beaufighters. De nombreuses missions d’escorte et d’attaque au sol sont également effectuées.

    À Malte, on prend les mêmes et on recommence : les M.C.200 se confrontent aux Hurricane, Spitfire et P.40 durant les missions d’escorte ou de reconnaissance aérienne. Ils interceptent également de nombreux bombardiers, y compris des Boeing B-17 Flying Fortress.

    En Russie, malgré son cockpit ouvert, les "Saetta" obtiennent de bons résultats. Ils effectuent de nombreuses missions d’attaque au sol et d’appuis aérien, mais ils offrent également une couverture aérienne relativement efficaces, surclassant les avions soviétiques. Ce n’est qu’à l’arrivée des Yak-3 et Yak-9 que les combats s’équilibrent un peu. Ils excellent également pour l’attaque au sol et les bombardements légers, munis de deux bombes de 100 ou 150 kg. En 17 mois d’opération sur le front russe, les unités de l’ARMIR (Armata Italiana in Russia) équipées de M.C.200 revendiquent 88 avions ennemis abattus en vol et 50 autres détruits au sol. Bien qu’au total 66 "Saetta" ont été perdus, seuls 15 l’ont été au combat. En effet, une quarantaine d’appareils, en mauvais états, sont détruits sur place lors de la retraite des troupes italiennes en mai 1943, les autres sont les victimes de pannes ou d’accidents dans cet environnement pour le moins rigoureux.

    Une nouvelle version est étudiée sous la désignation de M.C.201. Elle doit être motorisée par un Fiat A.76 RC.40 de 1’000 ch et son fuselage est redessiné pour améliorer son aérodynamisme, mais le moteur n’est pas disponible et le prototype reçoit un Fiat A.74 RC.38 de 840 ch. Le moteur prévu est enfin disponible vers la fin de l’été 1943, soit quelques semaines seulement avant l’armistice, par conséquent cet appareil restera au stade de prototype.

    Au total, 1153 exemplaires de M.C.200 sont construits par plusieurs constructeurs : 2 prototypes et 395 exemplaires par Macchi, 556 exemplaires par Breda et 200 exemplaires par Ambrosini. Ils sont livrés en 24 lots non homogènes : avec des appareils de différents constructeurs dans le même lot livré.

    Lors de l’armistice de septembre 1943, seuls 52 exemplaires sont encore en état de vol. Selon les sources, entre 23 et 33 "Saetta" restent en service au sein de l’Aeronautica Cobelligerante Italiana, alors que 8 exemplaires sont utilisés par la Luftwaffe et par l’Aeronautica Nazionale Repubblicana, également désignée en français Armée de l'air de la République de Salo, pour l’entrainement avancé. Les derniers M.C.200 utilisés après-guerre pour l’entrainement avancé par l’Aeronautica Militare Italiana sont retirés du service de en 1947.


    Versions :
    M.C.200 : deux prototypes et version de série équipé d’un moteur Fiat A.74 RC.38, premier vol le 24 décembre 1937.
    Les premiers exemplaires sont munis d’un cockpit fermé et d’un train d'atterrissage entièrement escamotable. À partir de l’exemplaire #146 la roulette de queue n’est plus rétractable et à partir de la cellule #241 ils sont équipés d’une verrière ouverte sur le dessus.

    M.C.200 A2 : désignation d'usine des appareils motorisé par un Fiat A.74 RC.38, munis des ailes et du train d'atterrissage du C.202.

    M.C.200 B2 : désignation d'usine des appareils motorisé par un Fiat A.74 RC.38, munis uniquement du bord d'attaque de l'aile du C.202.

    M.C.200 AS : désignation des exemplaires destinés à être utilisés en Afrique septentrionale Italienne (ASI), ils sont équipés d’un filtre à sable sur l'admission d'air du carburateur.

    M.C.200 CB : appareils destinés au théâtre opérationnel d’Afrique septentrionale Italienne (ASI) convertis en chasseurs-bombardiers. Ils sont munis de deux points d’emport pouvant transporter chacun une bombe de 50, 100 ou 160 kg.

    M.C.200 Bis : désignation d'usine désignant l’exemplaire MM.8191, construit par Breda et muni d'un moteur Piaggio P. XIX de 1’180 ch.
    Premier vol en avril 1942, équipé d’un moteur plus puissant et d’une hélice plus grande, il atteint 535 km/h, mais restera au stade de prototype.

    M.C.201 : version motorisée par un Fiat A.76 RC.40 de 1’000 ch et au fuselage redessiné pour améliorer l’aérodynamisme, restée au stade de prototype.
    Par conséquent, il n’a plus le renflement sur le dessus et le cockpit est fermé. Le moteur prévu n'étant pas encore disponible, le prototype est équipé d’un Fiat A.74 RC.38 de 840 ch pour effectuer ses vols d’essais à partir d’août 1940, piloté par Guido Carestiato. Il atteint 525 km/h, mais il ne recevra jamais le moteur de 1'000 ch prévu, puisque ce dernier sera disponible quelques semaines seulement avant l’armistice de septembre 1943.



    Utilisateurs militaires :
    Allemagne : Luftwaffe, quelques exemplaires capturés après l'armistice de Cassibile en septembre 1943, ils semblent ne pas avoir été utilisés au combat.

    Italie : Regia Aeronautica 1150 exemplaires, après l'armistice de Cassibile en septembre 1943 quelques exemplaires pourraient avoir été utilisés au sein de l’Aeronautica Nazionale Repubblicana et 33 exemplaires au sein de l’Aeronautica Cobelligerante Italiana. Ces derniers resteront en service au sein de l’Aeronautica Militare jusqu’en 1947.


    Caractéristiques et performances :
    Equipage : 1
    Longueur : 8,25 m
    Envergure : 10,58 m
    Hauteur : 3,05 m
    Surface alaire : 16,82 m2
    Masse à vide : 1964 kg
    Masse en charge : 2200 kg
    Masse maximale au décollage : 2395 kg
    Points d’emport : 2
    Moteurs : 1 moteur Fiat A.74 RC.38 de 840 ch
    Vitesse max basse altitude : 504 km/h
    Vitesse de décrochage : 128 km/h
    Vitesse ascensionnelle : 15,3 m/s
    Plafond opérationnel : 5'000 m
    Rayon d’action : 570 km
    Distance de décollage : 260 m
    Distance d’atterrissage : 300 m
    Armement : 2 mitrailleuses Breda-SAFAT de 12,7mm, certains sont modifiés pour emporter sous deux points d’emports alaires diverses bombes (8 x 33kg ; 2 x 50 kg ; 2 x 100 kg ou 2 x 150 kg).



    Liens internet :
    https://it.wikipedia.org/wiki/Macchi_M.C.200

    https://en.wikipedia.org/wiki/Macchi_C.200

    https://comandosupremo.com/macchi-c-200-saetta/

    https://www.militaryfactory.com/aircraft/detail.asp?aircraft_id=405

    Angelucci E., Matricardi P., Aerei da combattimento della Seconda Guerra Mondiale (2001).
    Sgarlato N., La Regia Aereonautica nella Seconda Guerra Mondiale (2000).
    " J’ignore la nature des armes que l’on utilisera pour la troisième guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres."  A. Einstein"Quand on change son fusil d'épaule, il y a intérêt à ne pas partir de la droite, sinon on passe l'arme à gauche."  Ph. Geluck
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    " J’ignore la nature des armes que l’on utilisera pour la troisième guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres."  A. Einstein"Quand on change son fusil d'épaule, il y a intérêt à ne pas partir de la droite, sinon on passe l'arme à gauche."  Ph. Geluck
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